Religion, évolution et créationnisme

La chronique du Miroir des sciences consacré à l’Islam (8 février 2018)

Sauriez-vous me donner la définition de l’évolution ?

Pas si évident. C’est cette définition que propose d’examiner Thomas Durand, le tenancier d’une chaine vidéo de culture scientifique très suivie intitulée La Tronche en biais.

Dans ses vidéos, il porte souvent une blouse qui, dit-il « répond au petit col blanc de l’autorité théologique ».

En particulier quand il démonte une vidéo créationniste qui fustige la théorie de l’évolution. « Non, non », nous dit Thomas Durand. « Une théorie n’est pas un ensemble d’hypothèses. C’est le niveau le plus élevé des explications conceptuelles sur l’état et le fonctionnement du Monde »

Thomas Durand traque les biais cognitifs, toutes ces petites intuitions qui nous freinent dans la compréhension du monde et qui nous empêchent, au quotidien, de comprendre instantanément les lois universelles que nous fournit la science.

Dans son dernier ouvrage « L’ironie de l’évolution », Thomas Durand nous affirme que l’évolution nous a gratifiés d’un organe cérébral farci d’imperfections !

L’essai est extrêmement documenté. Pas moins de 173 références bibliographies – articles scientifiques et articles de presse – étayent plus de deux cents pages au cours desquelles il réfute point par point le créationnisme.

Affirmant que le rejet de l’évolution « s’installe dans les ornières de la pensée » Thomas Durand nous recommande de nous méfier de ce que notre cerveau projette de toutes ces idées. Il fait appel aux sciences cognitives pour tenter de venir à bout de cette tension insupportable.

Tension qui renvoie nécessairement au beau titre de l’ouvrage de Jacques Monod, prix Nobel de médecine en 1965 selon qui « le hasard et la nécessité » pourraient bien être les deux pistons du moteur de l’évolution biologique. Laissons la science et la religion jouer leur rôle en faveur de l’évolution de la société des hommes. Même si cela n’excuse pas le rejet de la théorie de l’évolution par les pseudo théories du créationnisme.

 

 

 

L’auteur avoue avoir été inspiré par la lecture d’un blog surréaliste dans lequel il a trouvé un auteur revendiquant une lecture « quasi littérale » des écritures sacrées. Il nous explique : « par lecture quasi littérale, j’entends qu’il défendait une distance interprétative à géométrie variable : tantôt le texte était à prendre au pied de la lettre, tantôt il était nécessaire d’en avoir une lecture altérée afin de retrouver une cohérence avec les faits scientifiques ». Voilà donc un blogueur qui se veut rigoureux mais prenant ses aises avec la méthode scientifique, même dans l’acception des textes religieux.

 

La science. Thomas Durand affirme qu’il n’a que la prétention « d’être suffisamment pragmatique pour en esquisser les frontières mouvantes et estimer à quel point on peut lui faire confiance ».

Avec une pointe de provocation, il écrit :

« la science nous raconte parfois des choses extravagantes.

  • La Terre ne serait plus plate, ni immobile, ni particulièrement grande dans l’Univers »
  • « la matière serait essentiellement composée de vide »
  • « les marées seraient dues à la Lune »,

Autant d’affirmations bien éloignées de notre perception quotidienne.

 

Il nous rappelle au passage,

– je dis « rappelle » parce que c’est une évidence –

combien il faut d’humilité pour s’abstraire de la perception par nos sens et des acquis du quotidien, pour embrasser des théories aussi complexes que la relativité générale ou l’évolution.

 

Il en profite au détour de sa démonstration pour remettre la fameuse science participative à la place qu’elle ne devrait pas quitter.

« Elle ne doit pas conduire à penser que l’opinion ou la conviction de chaque citoyen devrait avoir la même valeur que l’expertise d’un scientifique quant à la validité d’un énoncé scientifique spécialisé », affirme Thomas Durand.

Notre thuriféraire regrette alors que les débats sur la science et de technologies à la télévision ou à la radio mêlent presque toujours des questions sur la véracité de tel ou tel fait scientifique avec celles qui concernent leur mise en perspective dans leurs applications à la société.

 

 

 

Alors ? La science et la religion font-elles bon ménage ?

C’est dans un autre document que j’ai trouvé quelques pistes de réponse, figurez vous. « Quand on peut concevoir des anges, on n’a pas de difficulté avec l’intelligence extraterrestre », explique le directeur de l’Observatoire du Vatican, Guy Consolmagno, interrogé par Die Ziet, à lire dans le dernier Courrier international. Il est astrophysicien et jésuite tout à la fois. « La religion, c’est plus que des émotions, nous dit-il. Mais la joie que je ressens quand je regarde dans le télescope (..) est comparable à celle que je ressens en priant. »

 

En conclusion, je me risque : Peut-être, peut-être qu’on pourrait se figurer que la science cherche le comment alors que la religion cherche le pourquoi. Masi ce n’est peut être qu’un modèle, aussi imparfait que puisse être un modèle, il aide à réfléchir.

A lire, pour y penser : L’ironie de l’évolution, de Thomas Durand aux éditions du Seuil.

 

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